Quand les gens magasinent un jeu, les questions qui sortent de leur bouche sont souvent:

  • Est-ce que le jeu est bon?
  • Est-ce qu’il est beau? (Bon on s’entend, ça ils sont capables d’en juger par eux-mêmes)
  • À quel(s) autre(s) jeu(x) se compare-t-il?
  • Est-ce qu’il est difficile à apprendre?

Étant donné que chaque joueur a son propre bagage et une expérience différente dans le hobby, les réponses aux questions précédentes ont tendance à être très mitigées. Qu’un jeu soit bon va dépendre des goûts de la personne. La beauté d’un jeu est totalement subjective et peut même carrément diviser les joueurs en 2 camps totalement distincts (pensons à Lisboa, par exemple). Les jeux comparables sont généralement faciles à identifier, mais encore ici, chaque joueur a un peu sa propre définition des différentes mécaniques de jeu et un point de vue basé sur ses expériences ludiques passées. Côté difficulté on a droit à un spectre très large. Certains joueurs trouvent que Five Tribes est un jeu complexe, alors que je le trouve plutôt simple.

Tout est une question de point de vue, de goûts, d’expérience et même de l’humeur du moment. Ça m’arrive d’en avoir marre de gros jeux lourds qui prennent 20 minutes à placer et 3 heures à jouer… moi aussi des fois, j’ai l’goût de rire avec mes amis et planter des bines à Bohnanza, ou dessiner des insanités à Esquissé. Mais il y a une question qui revient assez souvent aussi et c’est une question qui me chicote beaucoup, tellement que j’ai décidé d’en faire un article pour élaborer mon train de pensées:

Est-ce que le jeu a une bonne rejouabilité?

— Un joueur en quête de réponses, probablement…

La rejouabilité… qu’est-ce que ça veut dire au juste? Si on prend la définition littérale de la rejouabilité (c’est même pas un vrai mot, alors j’ai pris la traduction française de la page Replay value sur Wikipedia, qui traite de jeux vidéos), voici ce qu’on obtient :

Replay value, ou rejouabilité, est un terme généralement utilisé dans le domaine du jeu vidéo, mais il peut également être utilisé pour la musique ou le cinéma. Pour un jeu vidéo, il désigne l’intérêt pour le joueur d’y rejouer, une fois qu’il l’a déjà terminé

.

Plusieurs facteurs peuvent influer sur la rejouabilité d’un jeu vidéo : des personnages supplémentaires, une fin alternative, ou tout simplement un jeu plaisant, de par sa musique ou son univers dense.

Après cette courte définition, la page continue et explique que la rejouabilité peut provenir de plusieurs facteurs différents:

  • Le scénario (ou l’histoire, est-ce qu’il y a plusieurs branches à explorer?)
  • Classes multiples (différents personnages à utiliser avec différentes habiletés)
  • Fins alternatives (selon les choix faits en cours de partie)
  • Speedrun (essayer de terminer un jeu le plus rapidement possible)
  • Classement (compétitionner avec d’autres joueurs)

Certains de ces critères se transposent bien au monde des jeux de société, d’autres un peu moins bien.

Les scénarios et les classes multiples, on voit ça assez souvent dans des jeux comme Zombicide ou Arcadia Quest. Ces deux jeux (et leurs multiples variantes) viennent avec deux livres: un livre de règles et un livre de scénarios (qui en contient bien souvent une douzaine). Chaque scénario a sa mise en place particulière et ses petites règles qui le rendent différents des autres. Tu peux incarner un personnage différent à chacune de tes parties, et chaque personnage a des pouvoirs qui lui sont propres. Tout cette variété rend le jeu « rejouable » de par ses multiples combinaisons différentes. Évidemment ça reste le même jeu, mais avec une petite touche qui change d’une partie à l’autre.

Un des nombreux scénarios du jeu Arcadia Quest

Certains joueurs recherchent ce genre de rejouabilité, et les compagnies les entendent. CMON, entres autres, profite de ce phénomène et remplit ses campagnes Kickstarter d’une tonne de contenu supplémentaire et bien souvent exclusif. Les extensions rentrent un peu dans la même veine, dans le sens où on achète une extension bien souvent pour faire changement et redonner vie au jeu de base, en ajoutant plus d’options et d’éléments au jeu.

C’est ce que j’appelle la rejouabilité basée sur le contenu. Plus de contenu = plus de temps à jouer avant de te lasser. Le jeu reste essentiellement le même, mais avec quelques variantes selon le scénario joué ainsi que le personnage ou la faction que tu utilises pendant la partie. On voit aussi quelques jeux de ce genre qui offre un mode campagne avec une progression des personnages qui persiste d’une partie à l’autre. C’est un super bel incitatif pour avoir envie d’y rejouer!

La rejouabilité peut aussi se présenter sous d’autres formes. Une que j’affectionne particulièrement, c’est lorsqu’un jeu nous présente plus d’un chemin pour arriver à la victoire. Tous les joueurs commencent avec la même position et les mêmes ressources, mais peuvent emprunter différentes avenues en cours de partie pour se spécialiser et essayer de gagner à leur propre manière. C’est le cas des jeux comme Great Western TrailCavernaOrléans, Châteaux de Bourgogne, Concordia, Five Tribes et bien d’autres! Ce sont des jeux qui récompensent les joueurs de multiples façons. Concordia offre 6 façons différentes de faire des points. Caverna te permet de te spécialiser dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage d’animaux, de construction de mines ou de bâtiments. Orléans te donne beaucoup de variété au niveau des différents travailleurs que tu peux recruter, qui t’offrent chacun un avantage et une utilité différents.

Une partie de Concordia en cours

Ce qui donne le goût de rejouer à ces jeux encore et encore, c’est d’essayer une stratégie différente d’une partie à l’autre, d’essayer de découvrir de nouvelles tactiques insoupçonnées ou encore de trouver les faiblesses dans le jeu des autres joueurs et d’en tirer profit.

Quand la première partie d’un jeu est chaoteuse, et que tu veux tout faire mais qu’au final tu as l’impression d’avoir rien accompli, c’est souvent signe que le jeu offre plusieurs avenues stratégiques différentes. C’est toujours bon signe pour moi quand un jeu me fait sentir comme ça, j’ai toujours envie de rejouer une partie pour aller plus en profondeur sur un aspect précis.

J’ai gardé le meilleur pour la fin (selon moi, en tout cas): la rejouabilité par la complexité. Ceux qui me connaissent le savent, j’adore les jeux lourds et complexes. J’aime naviguer les puzzles qu’offrent les jeux avec plusieurs mécaniques interconnectées, comprendre comment le tout s’emboite et apprendre à manipuler efficacement ces systèmes pour performer mieux que les autres. Ce sont des jeux comme Lisboa, Feudum ou Projet Gaia.

Des jeux qui prennent au moins 40-45 minutes à expliquer, des jeux qui vont te faire saigner du cerveau, des jeux qui vont te faire demander ta doudou à ta maman. Tu commences la partie, c’est le moment de prendre ta première action, et tu regardes le jeu comme si tout était écrit en hiéroglyphes. Tu connais les règles, mais tu n’as aucune espèce d’idée comment te lancer dans l’action. Alors tu tires sur un levier. Tu appuies sur un bouton. Tu regardes ce qui se passe. À mesure que les tours avancent, tu finis par comprendre quelques éléments, tu commences à être capable de planifier 1, 2, 3 tours d’avance et puis le moment magique arrive. Eurêka! Tout s’illumine devant toi comme l’escalier menant au paradis et TU COMPRENDS. Tu vois comment tout s’emboîte, tu vois les répercussions de tes actions, tu sais comment les mouvements des autres joueurs vont influencer tes décisions et tu peux même commencer à élaborer un plan qui se tient debout.

Une partie de Lisboa prête pour 4 joueurs

C’est pour ça que je joue à des jeux de société. Même si tu n’es peut-être pas fan de gros jeux, tu comprends sûrement de quoi je parle. Ce sentiment de découverte. Ce sentiment de ne rien comprendre mais de continuer, de persévérer jusqu’à ce que tout devienne clair et limpide. C’est tellement satisfaisant quand ça arrive. C’est peut-être pour ça, au fond, que les jeux sont si addictifs. Veux veux pas, tu te sens intelligent quand tu réussis un bon coup, ou quand tu subtilises la tuile qu’un adversaire avait besoin. Qui n’aime pas ça, se sentir intelligent?

Qu’est-ce qui fait que toi, ami lecteur, tu aimes jouer à des jeux de société? Qu’est-ce qui te donne envie de jouer et rejouer encore et encore au même jeu? J’ai hâte de te lire dans les commentaires 😉

Auteur: Marco

Joueur aguerri et papa de 4 futurs gamers, Marco adore les jeux lourds à haute teneur stratégique. Peu loquace de nature, mais pourrait vous entretenir pendant des heures à parler de jeux de société de manière approfondie.

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Catégories : Articles

Marco

Joueur aguerri et papa de 4 futurs gamers, Marco adore les jeux lourds à haute teneur stratégique. Peu loquace de nature, mais pourrait vous entretenir pendant des heures à parler de jeux de société de manière approfondie.

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