VITICULTURE : ESSENTIAL EDITION – LA COMPÉTITION AGRESSIVE EST DANS LE VERGER

Année: 2015

Auteurs: Alan Stone, Jamey Stegmaier
Éditeur: Stonemaier Games
Nombre de joueurs: de 1 à 6 joueurs

Durée: 90 minutes ( 120 minutes, 140 minutes et plus si vous êtes du genre à déguster tranquillement le jeu)

Afin de bien débuter la lecture de mon texte très subjectif portant sur Viticulture : essential edition, je vous conseille fortement d’aller sur Youtube et de chercher la composition qui se nomme L’Arpeggiata – Ah! Vita Bella et de vous mettre ça en background pendant que vous lisez ma critique. Ça va vous mettre dans le mood et pas juste un peu.

Lorsque que mon pote m’a fait essayer cette production de Stonemaiers pour la première fois il y a deux ans, je voulais mourir. Je regardais le cover de la boite et j’y voyais un ennui total. Produire du vin, faire pousser des vignes, accomplir des commandes, mon doux que ça l’avait l’air barbant ! Il faut dire qu’à l’époque, je n’étais qu’un sombre illuminé qui ne connaissait presque rien aux jeux de type ‘’worker placement’’. En fait, c’est Viticulture qui m’a initié à ce style de jeu et depuis, j’en suis complètement accro !  Je suis même rendu accroc des thématiques inusités, moins agressives, plus anodines ( J’ai une image du jeu patchwork qui me vient en tête). C’est de loin ce qui m’accroche le plus ces temps-ci. J’en mangerais au petit déjeuner si c’était tangible et en forme de céréales. Mais là je m’égare :

Thématique –

Comme vous l’avez deviné de par ma longue et interminable introduction, Viticulture c’est un jeu qui parle de vin. Comme j’avais mentionné dans ma critique précédente sur Iki, j’apprécie beaucoup les jeux qui ont une mécanique qui suinte, qui déborde même de la boite. Pour Viticulture, j’en ai eu pour mon argent. Ce jeu qui nous plonge dans le rôle de propriétaires de vergers qui doivent gérer leurs productions, acheter des vignes, faire visiter des installations, engager des travailleurs spécialisés, remplir des commandes de livraisons de vins, bref gérer comme de vrais patrons. Les dessins fins, les couleurs, les représentations de vergers, tout nous pousse à y croire. C’est un jeu d’une vraie élégance! Même si au premier coup d’œil, le fait de devoir incarner un propriétaire de vergers et producteur de vin ne m’allumait pas du tout, j’ai été capable de reconnaitre que le visuel du jeu réussissait son objectif primaire : me faire feeler la vie dans les vergers.

Mécanique –

A priori, Viticulture est un jeu de placement d’ouvriers classique. Le but du jeu est d’atteindre un nombre de points de victoire défini, chaque joueur possède ses petits meeples de couleurs et doit les placer à tour de rôle sur différentes actions disponibles. En début de partie, chaque joueur prend au hasard une carte papa et une carte mama. Ces deux cartes offrent des petits bonus de début de partie, ça veut représenter en quelque sorte ce que les parents du joueur lui ont légué avec les vergers (THÉMATIQUE qui suinte partout, je vous le dis !! Déjà je trippe!).  Il y a un moyen-gros plateau de jeu représentant différents bâtiments qui offrent différentes actions possibles pour le placement d’ouvriers. Selon le nombre de joueurs présents autour de la table, chaque action peut être utilisée un nombre de fois limité. Certains joueurs peuvent donc être limités dans leurs actions s’ils jouent en dernier et que l’action souhaitée a déjà été utilisée le nombre de fois maximale. Jusqu’ici, le jeu n’est pas sorcier. Chaque joueur possède également un petit plateau personnel, représentant ses vignobles, ses celliers, ainsi que ses bâtiments personnels permettant une conception plus rapide de vin ou même certains bonus. Lorsqu’un bâtiment est construit, on place une mignonne petite figurine en bois représentant le bâtiment à l’endroit consacré.

Comme mentionné plus haut, un large choix d’actions se présente au joueur. Je vais prendre le temps de les décortiquer chacune de ces actions. Il y a donc :

 

 

 

  • Gagner de l’argent, oui, parce qu’on fait visiter nos installations à des visiteurs et même si on ne produit rien à ce moment-là ils vident leurs poches pour nous. Yé!
  • Construire un bâtiment. Plusieurs bâtiments sont présentés aux joueurs : un Treillis, un moulin, un plus grand cellier, de l’irrigation et autres. Bref, plusieurs choix pour avoir une efficacité OPTIMALE.
  • Piocher une carte vigne. Chardonnay, pinot noir, que du bon cru ! Le truc ici c’est que vous ne savez pas ce que vous plantez, alors si vous vouliez vraiment avoir un pinot noir mais que vous vous ramassez avec une piquette affreuse, et bien c’est foutu. Les vignes offrent le choix de produire un vin rouge ou blanc, selon le type de raisins.
  • Engager un nouvel ouvrier. Si on peut se le permettre, pourquoi pas hein?
  • Planter les vignes. On positionne ici les cartes vignes préalablement achetées dans un de nos vergers disponibles. Déjà, à cette étape, on commence à se sentir important.
  • Vendre ses vignes. Il est possible de vendre ses vignes parce qu’on est finalement fauchés. Prendre cette action nous permet de nous refaire un peu financièrement parlant.
  • Jouer une carte visiteur d’été ou d’hiver : Selon où en sont rendus les joueurs durant le tour, il est possible de jouer une carte visiteur de sa main pour accomplir l’effet de celle-ci. Il existe différents visiteurs qui viennent en quelque sorte travailler sur les terres du producteur et ils apportent avec eux certains bonus. C’est TRÈS varié et il existe une grande panoplie de visiteurs.
  • Piocher une carte de visiteur d’été ou d’hiver : Cette action ne nécessite pas d’ouvriers et se fait à un moment bien précis. À tour de rôle, chaque joueur va piger une carte visiteur au hasard et pourra l’utiliser le moment venu.
  • Piger une commande : On pioche dans un paquet de cartes mauves. Une commande nous est présentée. Ça peut être de fabriquer par exemple un vin rouge niveau 5 et un vin blanc niveau 6. Il est également marqué un nombre X de points de victoire que peut apporter cette carte si la commande est complétée.
  • Vendanger un terrain : C’est à ce moment qu’on peut se dire sans gêne cette merveilleuse expression : The shit hit the fan. C’est là que la production devient tangible. On choisit un verger, on enlève les grappes de vin plantés à l’intérieur et on place des petits jetons transparents dans le pressoir (un pressoir viticole est un appareil de pressurage utilisé durant le processus de la vinification pour l’extraction du jus des raisins, petit cours de vin 101 en plus d’une critique de jeu). Cette action s’active à partir du petit plateau du joueur.
  • FAIRE DU VIN : On prend nos jetons dans le pressoir et on les transpose dans nos celliers. Bingo, on a fait notre premier vin. Ça l’air si facile présenté sur un petit plateau.
  • Commande de vin : Si notre vin est d’un assez haut niveau (assez vieux bref) et que nous avons une commande concordante, nous pouvons l’accomplir, gagner par le fait même une quantité de points considérable tout en gagnant un certain prestige parmi les autres viticulteurs.

 

 

 

Le moment où ça devient trippant, c’est que Viticulture instaure une mécanique où les saisons se succèdent à mesure que le tour avance. Le printemps définit l’ordre de jeu, l’été offre quelques actions, l’automne permet la pige des cartes visiteurs et l’hiver offre d’autres actions. Une fois l’année terminée, tous les jetons positionnés dans le pressoir ou dans le cellier avancent de 1, voulant signifier que le vin vieillit et qu’il gagne en qualité. Cette astucieuse mécanique des saisons fait en sorte que certaines actions ne seront disponibles que l’été, alors que d’autres seront exclusives à l’hiver. Les joueurs doivent vraiment calculer l’ordre de leurs actions car sinon, ils pourraient rapidement se ramasser en hiver et se rendre compte qu’une action située en été était primordiale à leur réussite. Puisque chaque action est limitée, il s’agit d’une véritable course à l’efficacité qui commence entre les joueurs. Ça m’apporte à un autre élément très intéressant de Viticulture : l’ordre de tour de jeu. Lors de la saison du printemps, chaque joueur, en commençant par le premier joueur, positionne un petit coq de couleur sur une échelle représentant l’ordre pour le tour. Donc le premier joueur n’est pas nécessairement celui qui commence en premier ses actions. Plus on décide de retarder son tour, plus on commence la saison avec un bonus considérable. Ça peut être un ouvrier supplémentaire, de l’argent, une carte visiteur, etc. C’est vraiment intéressant puisqu’il faut vraiment peser dans la balance notre désir de jouer en premier et d’accomplir une action en toute sécurité OU de plutôt assumer sa place de bon dernier dans le tour de jeu, mais de gagner par le fait même un bon bonus de départ. À la fin d’une année, on fait passer le jeton de premier joueur et on recommence. Pour vrai, juste ça, j’avais de l’écume sur le bord de la bouche tellement ça me fait flipper sur ma chaise.

En résumé –

Vous l’aurez compris, au premier coup d’œil Viticulture est un jeu typique du style worker placement, mais il possède ses petits plus qui lui donnent un charme et une élégance vraiment appréciable. Les joueurs doivent également gérer des cartes, faire des choix cruciaux, parfois même s’auto-saboter pour mieux réussir plus tard. Viticulture est un jeu qui se déguste tranquillement lors d’une soirée avec des potes. Je sais qu’il peut se jouer solo, mais malheureusement pour l’instant je l’ai seulement essayé à 4 ou à 6 joueurs. Pour ne rien vous cacher, c’est un gros gros must pour les amoureux du genre. C’est tranquille, chacun gère ses trucs, il n’y a pas vraiment d’interactions entre les joueurs et la thématique est douce et pacifique. Si ce sont des trucs qui vous branchent, sautez sur ce jeu-là. Quelques mauvaises langues de vipères (ok j’exagère) pourrais lui reprocher d’être trop aléatoire dans la pige des cartes visiteurs et autres mais je trouve personnellement que ça fait partie de la GAME.

La providence vient de m’offrir l’expansion de Viticulture, Tuscany : Expand the world of viticulture. C’est une expansion possédant plusieurs modules différents permettant un modelage du jeu de base et permettant de rajouter par exemple des travailleurs spécialisés ou encore offrant la possibilité de produire du fromage ou du cidre. Aussitôt que je l’essaie, je vous ponds une petite critique sur cette supposée expansion ultime.

Vous pouvez arrêter la musique traditionnelle italienne.

8.5 Stars (8,5 / 10)

Auteur: foudebassan90

Né probablement dans une boîte d’horreur à Arkham en 1990, Pierre-Philippe s’intéresse depuis son plus jeune âge aux jeux ludiques sous toutes ces formes.

Ayant été effrayé par le maître des clés dans le jeu de société Atmosfear lorsqu’il était encore qu’un bambin, il affectionne particulièrement les jeux à tendance horrifique qui plongent les joueurs dans le mystère et l’horreur. Découvrant que plus récemment la richesse du style worker placement, il s’est fait donné comme objectif de devenir le plus grand joueur de worker placement que la terre ait jamais connu.

Malheureusement, prenant conscience que c’est un rêve idiot, il aborde aujourd’hui une approche plus réaliste de la chose et apprécie globalement tous les styles de jeux, du kubenbois le plus agréable a l’Améritrash le plus virulent. Son ouverture d’esprit dans cet univers riche lui permet d’avoir une feuille de route bien remplie et s’adonne avec encore plus de passion qu’avant à partager son point de vue amateur et positif de l’univers des jeux de société.

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