« Bonjour, je m’appelle Jean-Philippe et j’ai une dépendance. »

Bienvenue aux BGAA (Boardgames Addicts Anonymous), il y a du café et quelques fruits sur la table, servez-vous. Non, il ne s’agit pas de cubes en bois représentant ses aliments, je parle de VRAI café et de VRAIS fruits. Non, vous n’avez pas besoin d’attendre la phase de ravitaillement pour vous servir. Non, vous ne toucherez pas de revenu supplémentaire si vous servez les autres personnes assises dans la salle. Dans ce lieu, interdiction formelle de prononcer les mots « meeples, carton, legacy, first player, ouvriers, jeu, dés, etc. »

Parlons un peu plus sérieusement; si vous êtes entrain de lire ses lignes, clairement, c’est que vous vous intéressez aux jeux de société. Peut-être que votre intérêt n’en est qu’à ses premiers balbutiements ou peut-être êtes-vous un joueur invétéré et acheteur compulsif complètement accro.

« Compulsif et accro? Wô, c’est un peu sévère comme termes, non? Je suis pas un junkie, quand même, là! »

Évidemment, j’exagère! D’un autre côté, est-ce vraiment si loin de la réalité? Je me souviens, quand j’ai commencé à acheter des jeux, tout ça à commencer très innocemment. Nous n’avions alors que deux jeux (Five Tribes & Fresco) auxquels nous jouions à répétition à tous les soirs! Puis, quelques semaines ont passé… j’ai commencé à discuter avec d’autres passionnés/contaminés… et le désir s’est rapidement transformé en besoin. J’avais alors passé le fameux point de non-retour; j’étais devenu un accro. Regardons ensemble cette petite liste de points (ou de symptômes, plutôt) qui nous en dira long sur notre comportement et nos habitudes! Mais avant de poursuivre votre lecture, assurez-vous que votre conjoint ne soit pas dans les parages… C’est fait? Très bien, poursuivons!

 

DISCLAIMER:  Cet article est à prendre à la légère, je ne suis pas un professionnel sur le sujet, cet article est le fruit de mon imagination et a été écrit d’une part pour faire réfléchir, mais aussi et surtout pour amuser. D’où quelques exagérations volontaires! Toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé n’est que pure coïncidence (sauf les histoires qui me sont arrivé personnellement!)

#1) Vous ne faites que parler de jeux, vous rêvez à des jeux, vous passez vos temps libres à vous renseignez sur des jeux et vos moindres pensées sont hantées par… des jeux!

Il y a environ un an, nous avons fait notre première partie d’un jeu qui s’appelle Alchemists. C’est un jeu de placement d’ouvriers entre-mêlé avec de la déduction et de la logique. Notre première partie s’est avérée intense et particulièrement engagée; quel jeu! Ma conjointe et moi avons terminé la partie tard en soirée et sommes allés dormir quelques minutes après avoir rangé le tout. Je suis gêné de vous avouer que mon sommeil fût particulièrement troublé, cette nuit-là. Toute la nuit, j’ai rêvé à des ingrédients que je devais cueillir en forêt afin de concocter des potions de toutes sortes pour épater mes collègues alchimistes ou pour vendre à des personnages louches! Le lendemain matin, j’étais un peu sous le choc… encore plus lorsque ma conjointe m’a dit « Ouf, j’ai pas très bien dormi, j’ai rêvé à Alchemists toute la nuit! » 

C’était la première fois que nos esprits étaient tellement engagés dans un jeu que nous en avons rêvé! Et je dois dire que ce n’est pas la dernière fois qu’un tel phénomène s’est produit. Parce qu’à cela s’est également ajouté les longues discussions en ligne avec d’autres joueurs, la participation à des forums de discussions et éventuellement, la production de vidéos explicatifs… bien vite, cet univers hantait mon esprit nuits et jours! Au travail, à la maison, entre amis, devant un film, pendant le dîner familial, lors des funérailles de ma grand-mère (ok, non), etc. Ces pensées peuvent devenir tellement envahissantes qu’elles peuvent, dans le pire des cas, nous amputer de notre capacité à voir le monde réel au-delà! Cela peut même avoir un effet direct sur nos relations avec nos proches. Il faut être prudent!

#2) Vous devez acheter des jeux, toujours plus de jeux. Oups, plus d’espace pour les ranger? Vous  trouverez sûrement un coin… Je suis certain que votre conjointe peut trouver un autre endroit pour ranger ses romans de 50 Shades of Grey!

C’est bien connu, on a toujours toutes les meilleures excuses du monde pour acheter de nouveaux jeux. Et honnêtement, quand on s’écoute parler, on réalise que tout ce blabla est totalement irrationnel! Comme je le disais précédemment, bien souvent l’envie d’acquérir un nouveau jeu se manifeste sous forme de désir. Au départ, du moins! On entend parler d’un jeu, ou on l’essaye d’abord, puis on a envie de l’avoir en sa possession car on voit son potentiel pour son groupe de jeu actuel ou tout simplement parce qu’on l’apprécie beaucoup. Le danger, c’est lorsque ce désir se transforme en besoin. La ligne est mince entre les deux. Mais lorsque vous sentirez le besoin d’avoir un jeu, peu importe la raison, c’est que vous avez franchi cette ligne. Nous n’avons pas besoin d’aller bien loin pour dénicher quelques exemples! Voici tout de même quelques dramatisations, saurez-vous vous reconnaître parmi l’une d’elles?

  • « Aaaah, mais c’est le NOUVEAU Zombicide: Green Horde! Oui, je sais, j’ai déjà les quatre autres Zombicide, mais… CELUI-LÀ A DES CATAPULTES!!!! »
  • « J’ai acheté ce jeu parce que je vais pouvoir jouer avec ma fille lorsqu’elle aura environ 8 ans. Oui, je sais, elle n’a que 1 an et demi présentement, mais son temps viendra! »
  • « OH, OH, OH! ERIC LANG A SORTI UN NOUVEAU JEU!  » *Lance 100$ sur son écran d’ordinateur*
  • « Oui mais chérie, il faut voir ça du bon côté; c’est de l’argent que je n’investis pas dans la drogue et les prostituées! »
  • « J’ai lu sur BGG que le jeu serait bientôt Out of Print, alors… »
  • « Oui, tu as raison, peut-être que 235$ de jeux, c’est beaucoup, mais… il me fallait 200$ pour avoir le shipping gratuit sur BoardgameBliss! »
  • « Je sais que je ne jouerai probablement pas plus d’une fois à ce jeu dans la prochaine année, mais les illustrations sont vraiment jolies! »
  • « Je ne suis pas un acheteur compulsif, je suis un collectionneur, c’est différent! »

Vite comme ça, ça peut paraître plutôt inoffensif et assez comique, même! Mais on se connait, on connait nos propres faiblesses, nos occasions de chutes et nos limites. Je crois qu’il est important de s’en fixer! Mais il serait naïf de penser qu’un tel comportement ne présente pas de danger. Attention de ne pas tomber dans le panneau, car un tellement comportement pourrait vous amener au prochain point!

#3) Vous commencez à mentir pour cacher ou justifier vos achats de jeux! Ces mensonges peuvent alors causer des frictions ou tensions irréversibles. 

« Quoi? Lisboa? Bah non chérie, je t’assure, on l’avait déjà sur les tablettes… tu ne l’as probablement jamais remarqué avant, c’est tout! »

S’il y a quelque chose d’important, au sein d’un couple, c’est bien l’honnêteté. Oui, je chausse les souliers de l’expert en relation humaines quelques instants afin de nous ouvrir les yeux sur ce comportement problématique. Je sais que certaines femmes (probablement grâce à leur 6e sens, oui, c’est ça!) ne sont pas dupes et nous laisserons croire qu’on les a entourloupées. Mais dans ce cas, ne pourrions-nous pas être honnêtes tout simplement? Personnellement, je fais tous mes achats à partir d’un compte bancaire auquel ma femme a accès. Je mentirais si je disais que je lui annonce toujours absolument tous mes nouveaux achats, mais c’est important pour moi qu’elle puisse avoir accès à mes dépenses sur les jeux de société. Parfois, elle me ramène à l’ordre. Oui, j’ai envie de bouder un peu quand ça arrive. Mais parfois ça m’aide à réaliser l’argent investi dans ma bibliothèque de jeux VS dans nos sorties de couple, dans notre compte-épargne ou dans ma voiture qui risque bientôt d’exploser tellement elle a été négligée. Bref, je ne dis pas que cette stratégie est infaillible, mais je crois qu’elle permet un bel aspect de transparence qui sera certainement apprécié par votre douce moitié!

« Combien m’a coûté le Kickstarter de Gloomhaven? Euh, bah, je sais plus trop à vrai dire… Je crois que c’était environ quoi, 60$ MAXIMUM… Oui, oui, évidemment chérie, en dollars canadiens! »

Évidemment, le mensonge amène son lot de malaises et de situations délicates: on ose pas trop aborder le sujet de nouveaux achats, on cache nos dépenses, on essaye de camoufler les nouvelles boîtes, on se fait livrer nos commandes au boulot plutôt qu’à la maison, certains vont même jusqu’à se débarrasser des « punchboards » encore plus habillement que s’ils disposaient d’un cadavre! Certains diront que c’est une entente qu’ils ont pris avec leur conjoint. Si c’est le cas et que tout le monde est d’accord avec cette formule, tant mieux! Je ne suis pas là pour juger. Mais d’un autre côté, je crois qu’il faut être particulièrement sensible à notre façon de réagir face aux dépenses de l’être aimé.

« QUOI!? Tu t’es acheté pour 200$ de vêtements et de maquillage?! Ça veut dire que j’ai le droit de dépenser autant en jeux de société! »

Au bout du compte, je crois que chacun est libre de gérer ses dépenses et sa vie de couple comme il l’entend. Nous sommes assez grands pour cela! L’essentiel, c’est de se mettre d’accord avec les personnes concernés. Je suis parfaitement d’accord pour dire que vous gérez l’argent que vous gagnez à la sueur de votre front comme bon vous semble! Je sais que ce point est particulièrement délicat et je vois déjà la vague de tomates bien juteuses venir en ma direction. Mais sachez que mon objectif est simplement de réfléchir « à voix haute » sur le sujet. Loin de moi l’idée de vous dire comment vivre votre vie! Mais d’un autre côté, je me dis que certains « accros au jeux » ont peut-être passé à-travers des épreuves très difficiles qui ont eu des séquelles permanentes sur leur vie que je n’ose même pas imaginer. Je suis convaincu que s’ils étaient à ma place, ils vous mettraient en garde.

« Chérie! Je me suis fait pirater ma carte de crédit et un espèce de monstre a dépensé pour une vraie fortune… Oui, tous des jeux de société! Livrés directement à notre maison, en plus. Mais quel genre de psychopathe ferait un crime aussi odieux!? »

4) Vous passez plus de temps à surfer sur Internet en quête de vos prochains achats qu’à jouer aux jeux que vous avez déjà en votre possession. Plus encore, vous avez des livrets de règles qui traînent dans chaque pièce de la maison, question d’avoir toujours de la lecture peu importe la situation! Mais vous savez pertinemment que vous n’aurez pas la chance de jouer à ces jeux avant de nombreux mois et que vous devrez relire les règles rendu là, de toute façon! 

Ouch! Vite, faites marche arrière avant qu’il ne soit trop tard! Il est encore temps de sauver votre âme!

« Alors JP, dis-moi, combien de temps as-tu passé à écrire cet article VS combien de temps as-tu passé à jouer cette semaine? Combien de livrets de règles as-tu lu cette semaine? As-tu joué ne serait-ce qu’une seule fois, dans les derniers jours? » 

LAISSE-MOI TRANQUILLE, ESPÈCE DE MONSTRE!

Plus sérieusement, je serais curieux de connaître vos statistiques hebdomadaires de temps passé à jouer VS temps passé à surfer sur Internet à chercher de l’information sur les jeux. Car ces bien pour cela que vous achetez des jeux, n’est-ce pas? Pour y jouer, n’est-ce pas? D’accord, je tenais simplement à valider auprès de vous!

Et laissez-moi à peine effleurer le sujet les livrets de jeu, sinon je vais m’emporter encore pendant cinq paragraphes! Oh, ces satanés livrets tellement attrayants, colorés, humoristiques même parfois (oui, je fais référence à toi, Vlaada Chvatil!) On se laisserait bercer toute la nuit par leurs jolies descriptions des phases de jeu. Si vous lisez des livrets de règles pour vous détendre plutôt qu’en prévision de jouer bientôt, clairement vous avez une dépendance difficile à contrôler (et je vous comprends!)

5) Vous vous reconnaissez dans l’image ci-dessous, tirée d’une présentation sur la santé mentale et la dépendance.

Selon le DSM-IV (Outils diagnostique utilisé en santé mentale), une dépendance se définit selon plusieurs critères. Parmi ceux-ci, on énonce un « besoin de quantités nettement majorées de la substance pour obtenir une intoxication ou l’effet désiré. » Bref, si 300, 400, ou même 500 jeux ne te satisfait toujours pas, tu es en pleine intoxication, mon ami! Viens alors la phase de sevrage qui commence. Certains vont même jusqu’à vendre une partie de leurs jeux, voire tout le contenu de leur bibliothèque, pour éviter de succomber! La période d’abstinence est souvent marquée par des périodes de grincements de dents et de sauts d’humeur. Jusqu’à ce que l’inévitable survienne: la rechute! Vous voilà maintenant prisonnier de cette spirale infernale!

« Je peux arrêter d’acheter des jeux quand je veux. Oh, un nouveau Bruno Cathala! »

Sur une note un peu plus sérieuse, je trouve ça plutôt comique de comparer quelques symptômes médicales à nos habitudes dépensières. Et si on parlait du remède, maintenant? Car oui, plusieurs intoxiqués aimeraient bien pouvoir revenir en arrière! Certains diront que le remède, c’est une volonté de fer. Vendre ses jeux, supprimer ses abonnements, faire le ménage de sa liste de favoris et même de son cercle d’amis! D’autres diront qu’il n’existe aucun remède efficace et que seule l’acceptation de votre état vous rendra réellement heureux.


Au final, quelle est la ligne entre avoir une dépendance et être passionné de quelque chose?

Je crois que ce comportement devient une dépendance ou une problématique lorsque cela nous amène des problèmes sur les autres plans de sa vie personnelle. Si ça nous amène des conflits avec notre conjointe, par exemple. Ou si nous mettons tout notre temps dans les recherches sur divers forum de discussions, boutique en lignes, chaînes Youtube (ou la rédaction d’un article de 2000 mots, à la rigueur?) plutôt que de l’investir dans certains obligations, ça devient un grave problème. Au même titre que si nous utilisons une trop grosse part de notre revenu pour acheter, alors qu’il y a d’autres priorités qui nécessiteraient quelques dollars.

L’homme de la situation

Tant que vous êtes au contrôle de cet aspect de votre vie et que ce n’est pas l’inverse, je crois que vous n’aurez pas besoin de consulter! Le jeu de société offre un tas de belles choses! Il faut toutefois savoir tracer la ligne entre le désir et le besoin. Si toutefois, vous vous reconnaissez dans chacun des points énoncés plus haut, je vous conseille de contacter rapidement cet homme qui saura vous aider.

Alors, dites-moi, sur une échelle de 1 à 10, à quel point êtes-vous une cause désespérée?

Auteur: J-P

YouTubeur à L’École du jeu.
Enseignant, papa et boardgamer passionné.
J’aime l’odeur du carton fraîchement punché, j’aime la texture des pages d’un livret de règles, j’aime faire rouler des dés entre mes doigts… Ah, et j’aime bien jouer, aussi!

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J-P

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5 commentaires

J-P · 1 juin 2017 à 11 h 06 min

Que pensez-vous de cet article?

Vous reconnaissez-vous dans certains points énoncés?
Est-ce que cela change votre perception?

N’hésitez pas à lancer la discussion en ajoutant vos propres points supplémentaires!

« Tu sais que tu es accro aux jeux de société quand… »

À vous de compléter la phrase! 😀

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La Société des Jeux · 1 juin 2017 à 11 h 33 min

Bonjour, je m’appelle Martin et je suis BGAA… (Bonjour Martinnnn !)

L’été dernier, lors de mes vacances à la plage, j’ai apporté un roman (qui est resté dans mes valises)… et une dizaine de livres de règlement !
Alors, je l’avoue, je suis contaminé et je demande pardon à mes amis que j’ai également contaminé !!!

Zone Jeux de Société · 1 juin 2017 à 11 h 52 min

Je pense que l’on devient accroc lorsque l’on crée une chaîne Youtube pour justifier ses achats de jeux !!! 😉 Ils y en a surement qui se reconnaissent dans cet énoncé !!! 😉

Sur le plateau · 1 juin 2017 à 19 h 03 min

Bonjour! Je m’appelle Mathieu et je suis BGAA. Je dois être au niveau 8/10 sur ton échelle…. mes tablettes sont profondes et me permette de cacher des jeux derrière d’autre…je ne garde aucune boite d’extension elle sont toutes dans le jeu de base…j’achète tous les promos du BGG Store et je suis abonné au Speilbox depuis 2006.
Par chance je joue beaucoup, mais 2017 est pour l’instant l’année ou je joue et rejoue a mes « vieux » jeux le plus. J’ai complété mon 10×10 en avril et j’en débute un nouveau bientôt.
Je me sens déjà mieux 😉

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